jeudi 19 mars 2015

LES ENQUÊTES DE L'INSPECTEUR HARRY SOON : le commissaire se met au parfum

Huit heures sonnent à la basilique voisine, un café noir et brûlant fume sur le bureau du commissaire... 

- Dites-moi, Inspecteur Harry Soon, vous en êtes où de cette affaire de tags au foirail de Callac ?
  - Patron, vous me surprenez là, vous ne pensez pas qu’il y a des affaires plus importantes en ce moment ?
- J’entends bien, j’entends bien... mais comme vous n’avez pas l’air de briller sur les grosses affaires, je me disais que, peut-être, vous aviez eu un peu plus de succès sur les petites et que, modeste comme à votre habitude, vous aviez omis de m’en informer...
- Franchement, Patron, votre humour me laisse froid.
- Certainement pas autant que le jeune homme du Bacardi, Harry...
- Excusez-moi, Commissaire, mais c’est d'un goût ! Je vous ai connu plus délicat ! Pourtant je dois reconnaître que cette malheureuse affaire piétine bien que tous les moyens aient été mobilisés.
- Oui, c’est toujours ce qu’on dit dans ces cas-là. Il vous faudra trouver une autre excuse, Harry... Il paraît que les scellés n’ont toujours pas été levés sur le Bacardi ?
- Affirmatif ! Le juge a seulement autorisé l’enlèvement du matériel début mars. Il veut conserver tous les indices en l’état.
- Ben dites donc ! Ça doit sentir le renfermé tout ça après plus de deux mois !
- Vous avez du flair, Patron, mais celle qui se « sent » mal aussi dans l'histoire, c'est l’association Melrose qui organise les concerts. Pour assumer ses engagements vis à vis des artistes programmés, la voilà obligée de partir en quête d’autres salles du département : la Citrouille à Saint Brieuc, les Fous Anglais à Carnoët, les Menhirs à Saint-Servais ou encore la Grande Ourse, la nouvelle salle de Saint- Agathon … Heureusement, toutes ces salles mettent leurs locaux à disposition gratuitement, même Saint- Servais !
- Pourquoi ce « même » Saint-Servais ?
- Allez , je vous charrie , Commissaire, je sais bien qu’il ne faut surtout pas égratigner votre petite commune natale.
- Votre humour me laisse froid !
- Pas autant que….
- Oh ! ça va ! En tout cas, ce repli sur la Grande Ourse, c’est une excellente idée. J’ai entendu la maire de Callac vanter cette très belle salle. Comme elle vient d’être inaugurée après avoir suscité une polémique lors des dernières municipales, le maire de Saint-Agathon a dû penser que reprendre la programmation d'excellent niveau de Melrose pourrait aider sa salle à décoller ce qui ferait taire les mauvaises langues... Soyons francs, même si cela me coûte de l'avouer, il est probable que ça devrait attirer plus de monde que notre salle des Menhirs à Saint- Servais...
- Je n’en doute pas, Patron. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mais c’est dommage pour votre petit coin de Centre-Bretagne. Encore un peu moins d'offre culturelle de proximité pour les gamins du coin. Et puis, on ne retrouvera jamais l’ambiance des soirées du dimanche après-midi du Bacardi. J'en parle en connaissance de cause, moi qui adore le blues, j’ai découvert quelques pointures dans cette salle. Ce qui est désolant c'est que les habitants du canton se font une telle fausse idée de ce lieu, souvent sans y avoir mis les pieds, qu'ils ne vont pas lever le petit doigt pour essayer de le sauver.
- Vous croyez donc que Melrose risque de ne pas s’en relever ?
- Oh ! Vu aussi l’empressement que mettent les élus locaux à prendre le dossier en main et le niveau des subventions votées par les communes du canton , ça ne m’étonnerait pas. Il n’y a guère que la commune de Callac qui a respecté la règle des 1.50 € par habitant et puis, avec les élections départementales dans une semaine, les candidats doivent avoir d’autres chats à fouetter.
- C’est sûr, dans ces périodes de campagne électorale, c’est langue de bois et pas de sujet qui fâche. Donc ce n’est pas le moment de s’engager sur un rachat de salle ou un renforcement de subventions. La ruralité et le refus des déserts culturels en milieu rural, ça fait bien dans les colloques mais les belles paroles sont vite oubliées quand arrive la période des budgets...
- Oui, et puis le coup de filet chez les trafiquants de drogue locaux ne plaide pas pour ce genre de lieux. L’électeur de plus de 60 ans y voit plus une plateforme diabolique de distribution d’alcool, de drogue et de sexe qu’un lieu de culture et de convivialité si nécessaire pourtant dans un milieu rural en perte de repères.
- Oui, c'est classique... Bon, autre chose qui fâche tant qu’on y est, cette histoire de projet minier, on en est où ?
- Pas de problème : nous avons une taupe dans le collectif, et bien placée avec ça !
- Encore une taupe ! Une taupe chez le Hérisson Callacois, une taupe chez Douar Didoull. C’est un élevage de taupes que vous faites, Harry! Mais, dites-moi, ça ne doit pas être facile d’infiltrer une taupe dans une « Terre sans trou » ?
- Pardon ?
- Ah ah ah ! C’est vrai, vous n’êtes pas bretonnant, vous ne pouvez pas comprendre : Douar Didoull ! Douar, « terre » et didoull « sans trou » : Terre sans trou ...
- Ben, vous avez peut-être raison parce que notre taupe a l’air de plus en plus convaincue par les arguments du collectif...
- Sans blague ! Pourtant le maire de La Chapelle-Neuve prétend que le collectif ne dit que des conneries !
- S'il n'a pas creusé plus loin que le dossier de Variscan Mines, ça se comprend ! Le patron de cette société est un embrouilleur de premier ordre ! Il ne communique que sur le projet d’exploration minière en évacuant les problèmes liés à l’exploitation, exploitation qui ne manquera pas de suivre si les recherches sont favorables. Or il y a une forte probabilité qu'elles le soient et qu’on trouve des minerais intéressants dans le coin. Et comme actuellement, vu le cours des matières premières, on n'hésite pas à creuser une tonne de terre pour quelques grammes de minerai …. En plus l’Etat pourra difficilement refuser l’exploitation à ces sociétés après avoir accordé ces permis exclusifs d’exploration pour lesquels elles auront engagé d'énormes sommes d'argent...
- Oui mais maintenant, quand même, on ne fait plus n’importe quoi ! Il y a des normes environnementales. On ne déverse plus le cyanure ou le lisier dans les rivières, Harry !
- C’est ce que le patron de Variscan Mines espère faire gober aux élus et aux citoyens : « la mine propre » ! D'après lui, tout est sous contrôle : on stocke tous les produits chimiques et on récupère l’eau polluée utilisée pour extraire les quelques grammes de minerai dans la terre, on capture le radon qui s’échappe dans l’air, on conserve les milliers de tonnes de déchets en sous-sol et puis quand on ferme la mine, on rebouche tous les trous. Bref, tout redevient comme avant. Le problème, c’est que personne ne sait où elle peut se visiter « la mine propre »... à part dans les ordinateurs du BRGM.
- Mais, vous êtes marrant, ça doit quand même rapporter de l’argent, cette affaire-là ?
- A VARISCAN MINES, c’est sûr, puisqu'après avoir surévalué les résultats de leur exploration ils revendent leur PER au plus offrant sur le marché mondial en vue de l'exploitation. Mais pour les collectivités locales, apparemment rien à gagner. C’est l’Etat qui est propriétaire du sous-sol et le moins qu’on puisse dire c’est que le préfet est très discret sur les retours financiers.
- Si je comprend bien, Harry, on risque d’avoir encore des soucis avec le Collectif.
- Oh, ce ne sont pas des méchants mais vous savez les Bretons ont la tête dure. Rappelez-vous Plogoff !
- Oui et puis on est dans un contexte de ras-le-bol généralisé. Vous croyez que le FN a ses chances aux départementales chez nous ?
- Il faut dire que les élus en place font tout pour apporter de l’eau au moulin des « bleus marine ». A part quelques-uns qui sont vraiment sur le terrain comme notre députée, les autres ont surtout l’air de défendre leurs indemnités : pas de vagues, pas de risques du moment qu’on passe et qu’on repasse d'élection en élection... Et comme au niveau au-dessus nos parlementaires refusent avec encore plus d'opiniâtreté de réduire leur train de vie pendant que de plus en plus d'entre nous tirent la langue, la classe politique a perdu toute crédibilité. Alors c'est sûr que le coup de pied dans la fourmilière, ils y auront droit tôt ou tard.
- Ouououh ! vous n’êtes pas optimiste, Harry !
- C’est ce qui remonte des rapports. Mais regardez par exemple comment les élus de notre secteur se comportent pour la réforme territoriale. « Wait and see ». Surtout ne rien dire, ne rien faire. Surtout ne pas interroger le citoyen. Restons dans nos petits clochers. Après nous le déluge alors qu’ils savent que le 1er janvier 2017 il faudra rejoindre des collectivités de taille suffisante pour pouvoir se payer les services que l’Etat ne fournit déjà plus : urbanisme, assainissement, santé … C'est d'une immense complexité à mettre en place et le 1er janvier 2017, c'est demain, mais personne ne bouge ! « Wait and see »...
- Mais, Harry, les gens ne sont pas idiots. Ils savent bien que lorsque ces chemises bleu- marine sont au pouvoir c’est une catastrophe pour la gestion de la collectivité et pour toutes les libertés !
- C’est sûr, pourtant je vous assure que beaucoup de citoyens envisagent sérieusement la politique du pire pour ébranler cette petite caste qui oublie qu’elle est élue non pas pour décider à la place du peuple mais pour réaliser les engagements qu'elle a pris lors de la campagne vis à vis de celui-ci.
- Mais, dites-moi, Harry, vous feriez un excellent tribun révolutionnaire et je vous donne raison... Quand je vois comment la majorité callacoise tient ses promesses de campagne, c’est à pleurer ! On comprend que les électeurs en aient ras la casquette. Au fait puisqu'on en arrive aux bévues de la majorité callacoise, elle en est où la mine de métaux rares à ciel ouvert au bord du plan d’eau ?
- Ah ! les fameuses boues de curage ! La municipalité n’est pas trop bavarde sur le sujet. Elle a fait refaire des analyses et, pour l’instant, on attend toujours…Ça commence à être vraiment long, ce n’est pas bon signe…
- Ça pourrait peut-être intéresser vos prospecteurs, non ?
- Je ne sais pas mais ce que je sais c'est que « Des trous, des boues et quelques marlous » cela ne fait pas pour Callac un slogan qui sent la rose ! Vivement le printemps !
- Driiing, Driiing, Driiing...
- Allo...........Quoi ! N'è ket posub ! Le Guervilly pollué à Calanhel par un déversement de lisier ! Mais le Guervilly alimente le plan d’eau de Callac ! Il ne manquait plus que ça ! J'arrive !....Allez, Inspecteur Harry Soon, vous m'accompagnez, nous ne serons pas trop de deux car je commence à croire que dans le canton de Callac on veut notre mort ! N'è ket posub, n'è ket posub !


à suivre :la prochaine enquête de l’Inspecteur Harry Soon : le bruit et l’odeur….
























































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